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kwakizbak #49


 
 
– Je n’y pense pas souvent, dit ce matin Kudmatrak à Kwakizbak, mais tout à l’heure en avalant mon café, devant moi j’ai vu ma fin qui se rapprochait à pas de géant. Et maintenant je me rends bien compte que j’en ai toujours eu peur mais que je faisais tout pour ne jamais y penser.
– À quoi ?
– À la finitude.
– Tu n’es pas le seul. Tous les hommes cherchent à faire reculer l’échéance de leur disparition, consciemment ou pas. C’est une erreur. Heureusement, je n’ai pas ce problème-là moi.
– Mais Kwakizbak, répond Kudmatrak, tu oublies que si les hommes étaient comme toi ils s’en fouteraient pas mal des histoires de survivants, ils n’auraient pas inventé l’horloge solaire ou le sablier et ils ne parleraient jamais d’espérance ni d’espoir. Sans cette mort certaine beaucoup de mots seraient sûrement absents du dictionnaire. On n’aurait d’ailleurs pas besoin de dictionnaires ni de mémoire. Tu ne crois pas ?

Bien qu’il entende ce que cherche à lui dire Kudmatrak, Kwakizbak persiste à se croire immortel. Et c’est là un paradoxe qui m’a toujours étonné chez lui. Plus il devient intelligent, plus il se sait mortel et plus il nie tout ça en bloc. Mais aujourd’hui, parce qu’il sera libre demain, c’est une autre question qui le taraude : il se cherche un descendant.

– Si tu veux tu peux m’adopter, lui propose alors Kudmatrak.

 

écrit ou proposé par Christophe Grossi - @christogrossi
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première mise en ligne et dernière modification le mercredi 19 mai 2010