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aux victimes des bêtes humaines

Le texte qui suit a été écrit et lu avant « L’Italie dans le dos », lecture-performance que vendredi 16 janvier 2015 j’ai proposée, en compagnie de la pianiste Vanessa Wagner, et qu’accueillait la médiathèque de Suresnes dans le cadre de « Lectures en scène #5 ». Après la soirée, plusieurs personnes m’ont demandé si je pouvais le mettre en ligne. Le voici, sans retouches, et pour celles et ceux présents à Suresnes (que je remercie encore), et pour les absents, et pour celles et ceux qui, au quotidien, luttent, résistent, restent dignes malgré la douleur, enseignent aux enfants l’apprentissage de la lecture et de l’écriture, et pour celles et ceux qui croient que la paix et la création feront face à la folie des bêtes humaines.
 
 

Ricordi, publié en octobre dernier à L’Atelier contemporain, est une traversée en biais et sans mode d’emploi de l’Italie des années 40 à 60. Dans ce livre, on y croise des êtres humains qui sont devenus des monstres, des bêtes qui se sont mises à piller, violer, torturer, tuer, déporter les leurs, et leurs frères, et leurs sœurs, et leur mère, et leur père, au nom d’idéologies fascistes, totalitaires, antisémites, barbares, au nom d’un idéal intolérant prônant la violence et qui n’avait rien d’humain. Le pays s’est déchiré au cœur, le noyau était pourri, puis, la paix revenue, l’Italie a commencé à se relever. Pas la bête pensions-nous alors, pas le monstre. Mais le monstre engendré par un vingtième siècle violent, guerrier, sanguinaire, sanglant, s’est démultiplié ces dernières décennies, en Iran, en Irak, en Syrie, au Pakistan, au Yémen, en Afghanistan, en Égypte ou encore dans le Nord du Nigeria (où des villes sont en train d’être rayées de la carte par la secte Boko Haram) mais aussi à Madrid, New York, Londres, Bruxelles ou encore Paris (la liste des villes et pays victimes d’attentats meurtriers est malheureusement plus longue). Et même s’il a pris d’autres figures du mal c’est encore une fois au cœur de la société qu’il assassine ses enfants, ses frères, ses sœurs et ses parents, qu’il exécute des civils, tous sexes, âges et professions confondus et brûle des villes.

La semaine dernière, les 7, 8 et 9 janvier, des Français, jeunes, ont tué à bout portant d’autres Français, deux femmes et des hommes qui avaient l’âge de leur père, de leurs sœurs, de leurs frères, de leurs grands-pères. Bien que nous ne partagions pas cette intolérance, cet antisémitisme, cette folie sectaire et meurtrière, nous sommes de plus en plus nombreux à les subir, à les éprouver.

Ce soir, où il sera beaucoup question de mémoire, de filiation, d’oubli et de fiction, il nous est impossible d’oublier les 17 personnes qui ont été lâchement assassinées mercredi dernier au siège du journal Charlie Hebdo à Paris ainsi qu’à Montrouge et à Vincennes. Ces crimes n’étaient pas de la fiction bien que les images diffusées nous aient rappelé certains films, certaines séries. Avec la musique et la prose comme bagages universels, avec notre cœur, notre désir de fraternité et de paix, pour mémoire, contre l’oubli et le silence, cette soirée est dédiée aux victimes des bêtes humaines et à leurs enfants.

Christophe Grossi, Suresnes, le 16 janvier 2015.


 

écrit ou proposé par Christophe Grossi - @christogrossi
BY-NC-SA (site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)
première mise en ligne et dernière modification le dimanche 18 janvier 2015